Fréquence Bonheur

Tantra => Poèmes => Discussion démarrée par: Roland le 23 Décembre 2006 - 20:39:11

Titre: Et si BECKETT avait lu ANGELUS SILESIUS ?
Posté par: Roland le 23 Décembre 2006 - 20:39:11
Johannes Scheffler dit.. (1624- 1677)

En attendant Godot : début !

Route de campagne avec arbre

Estragon.   - Rien à faire

   Refrain
Estragon.   - Allons-nous-en
Vladimir.   - On ne peut pas
Estragon.   - Pourquoi ?
Vladimir.   - On attend Godot
Estragon.   - C´est vrai
Vladimir.   - Il n´y a rien à faire


A. Silesius : 1657
La rose est sans pourquoi ; fleurit parce qu´elle fleurit
   
Silesius.   - Ami, où que tu sois, ne t´arrête pas là
Estragon   - Allons-nous-en
Vladimir   - On ne peut pas
Silesius   - Va là où tu ne peux ; regarde où tu ne vois
         Ecoute où rien ne bruit : tu es où parle Dieu
Etragon   - Pourquoi ?
Silesius   - Ton trouble vient de toi
         Ni Dieu, ni le créé ne peuvent te troubler
         C´est toi-même (ô folie) qui t´inquiète des choses
Vladimir   - On attend Godot
Silesius   - Il te faut patienter encore
        Attends mon âme
        Car vois comme Dieu me cherche, pour reposer en moi
Estragon   - C´est vrai
Silesius   - Dieu sans moi ne peut rien
        Tu dois être limpide et habiter l´instant
Vladimir   - Il n´y a rien à faire
Silesius   - Ne clame pas vers Dieu, en toi-même est la source


   Oui mais !

Estragon   - Allons-nous-en

Silesius   - Il faut se porter au-delà de soi
        Et ayant ton esprit par delà lieu et temps
        Tu peux dans chaque instant être dans l´éternel
Vladimir   - On ne peut pas
Silesius   - Un coeur auquel peuvent suffire lieu et temps
        Ne connaît rien vraiment de son immensité
Estragon   - Pourquoi ?
Silesius   - Si tu aimes quelque chose, tu n´aimes rien vraiment
        Dieu n´est ceci, ni cela. Laisse le quelque chose
Vladimir   - On attend Godot
Estragon   - C´est vrai
Silesius   - La parole éternelle encore aujourd´hui s´enfante
        Où donc ? Là où t´es perdu toi-même en toi
Vladimir   - Rien à faire
Silesius   - Tu dois être le ciel
        Tu n´iras pas au ciel (pourquoi tant t´agiter)
        Si tu n´es pas d´abord toi-même un ciel vivant
Estragon   - Didi
Vladimir   - Oui
Estragon   - Je ne peux plus continuer comme ça
Vladimir   - On dit ça
Estragon   - Je suis fatigué            (un temps)
        Allons-nous-en

Silesius   - Arrête, où cours tu donc ? Le ciel est en toi
        En cherchant Dieu ailleurs, tu le manques sans fin
Vladimir   - On ne peut pas
Silesius   - Il faut que le connaissant devienne le connu
        Ce qu´on connaît en Lui, il faut l´être soi-même
Estragon   - Pourquoi ?
Silesius   - Toi-même fais le temps.Tes sens en sont mesure
        Mais que cesse ton trouble et c´en est fait du temps
Vladimir   - On attend Godot
Silesius   - Dieu vraiment n´est rien, et s´il est quelque chose
        Il ne l´est bien qu´en moi, alors qu´Il me fait sien
Estragon   - C´est vrai
Silesius   - Tu n´appartiens au Tout qu´en étant mû toi-même
Vladimir   - Il n´y a rien à faire
Silesius   - Qui ne se donne à toi, ô noble liberté
        Ne sait rien de ce que qu´aime un homme qui t´aime

      Ami, où que tu sois
      Ton trouble vient de toi
      Tu n´aimes rien vraiment
      Allons-nous-en
      Tu peux dans chaque instant
      Allons-nous-en
      Habiter l´instant
      Allons-nous-en
      Tu dois être le ciel
      Pourquoi ?
      Toi-même fais le temps
      Pourquoi ?
      O noble liberté, pourquoi ?
      Il faut se porter au-delà de soi
      Pourquoi ?
      Fleurit parce qu´elle fleurit
      Arrête, le ciel est en toi

Estragon   - C´est vrai
         Il relève le pantalon.         Silence
Vladimir   - Alors, on y va ?
Estragon   - Allons-y
               Ils ne bougent pas

   
         Rideau


A. Silesius   - Ami, j´arrête là. Si tu veux lire encore
        Va, toi-même deviens l´écriture et l´essence